Le Festival de la Gastronomie de Saint-Martin accueille le chef David Drumeaux dans sa sélection étrangère 2024. Aujourd’hui installé au Rwanda, le chef guadeloupéen y officie en tant que directeur exécutif du Jiko, le restaurant du boutique-hôtel Amata n’Ubuki à Kigali.
Comment le désir d’Afrique a vu le jour chez vous, chef Drumeaux ?
Les événements de 2021 en Guadeloupe ont déclenché quelque chose chez moi. Je me suis dit Pourquoi tu restes ? En faisant le tour, l’Afrique était le seul endroit où j’avais les moyens d’aller. J’ai fait Dakar, ensuite deux ans à Abidjan et j’ai eu une opportunité « pas possible » pour aller au Rwanda.
Quel regard portez-vous sur le Rwanda d’aujourd’hui ?
Le Rwanda, c’est le Singapour africain. C’est Wakanda ! Un pays de Noirs qui marche, qui est organisé, qui est structuré, qui est inclusif. Les femmes ont le pouvoir.
En tant qu’Antillais, je suis accueilli comme un roi. Ils acceptent tous les étrangers parce qu’ils ont envie que leur pays se développe. En tant qu’Antillais, Kassav’, le Zouk, ça résonne là-bas … Il y a un zouk rwandais. Il faut venir. J’aurais beau raconter. Il faut venir voir. C’est une terre d’opportunités pour nous avec notre savoir-faire. Toute la nouvelle génération est anglophone.
Revenons sur la Friendly Island. Qu’attendez-vous du Festival de la Gastronomie de Saint-Martin ?
Pour moi, c’est presqu’une bénédiction d’être là. La dernière fois que je suis venu à Saint-Martin, c’était en 2017, une semaine après le passage de l’ouragan Irma. J’étais venu monter une opération caritative avec les étudiants de médecine et le Rotary. Nous étions tout un groupe et on récoltait les vivres à Lakasa. C’est parti de là et je suis venu ici faire le suivi grâce à la SEMSAMAR.
J’ai vécu une semaine ici dans un chaos indescriptible. Je reviens 7 ans après comme chef ; comme chef étranger. Pour moi ça résonne. C’est aussi la reconnaissance du travail fourni ces dernières années à changer de vie, à changer de métier, à me former.
Aujourd’hui je suis parmi des chefs étoilés. Je suis comme un enfant !
Racontez-nous la transition entre David Drumeaux homme de la nuit et le chef David Drumeaux d’aujourd’hui.
En fait, mon métier ça a toujours été de faire en sorte que les gens s’amusent, prennent leur pied, passe un bon moment. Fondamentalement, je fais un peu la même chose, sauf qu’avant, j’organisais, je créais pour que les gens fassent. Aujourd’hui, c’est moi l’artiste.
Avant, je payais les artistes pour animer, aujourd’hui c’est moi qui dans ma cuisine vais passer du temps pour que les gens passent un bon moment. C’est ce qui a changé mais je fais le même métier : faire les gens kiffer. Ça a toujours été en moi et ça a pris différentes formes au cours de ma carrière.
Aujourd’hui, c’est la forme la plus aboutie. Ça demande de l’humilité, du travail. Tu cuisines pour les gens : c’est quelque chose de très intime, c’est un lien très profond. Aujourd’hui, je me reconnais là-dedans, je m’épanouis.
Vous auriez pu vous contenter d’être chef autodidacte mais vous avez choisi de vous former. Dites-nous quelques mots sur ce choix.
J’ai suivi une formation chez Alain Ducasse, à son école. Une formation en accéléré pour les gens comme moi qui sont en reconversion. Pendant 4 mois, j’ai appris toutes les bases de la cuisine française.
A l’issue de cette formation, je me suis dit que c’est ce que je veux faire. J’ai ouvert mon restaurant 1973, j’ai créé Bokit de luxe et depuis, je suis comme un enfant parce que j’ai eu la chance de commencer ce métier très tard. C’est une chance parce qu’avant, j’ai eu plusieurs vies.
Aujourd’hui, tous les jours, j’apprends des choses. Tous les jours. C’est le pied total ! J’apprends, je rencontre, je partage. Parce la cuisine c’est du partage. Tout ce que je fais, c’est quelqu’un qui me l’a appris. J’essaie de transmettre. J’essaie de recevoir parce que j’ai encore énormément de choses à apprendre. C’est cet échange qui me plaît. A un event comme ça, je me dis ok, j’ai fait le bon choix.
Le Festival de la Gastronomie a convié le chef David Drumeaux en tant que représentant du Rwanda. Racontez-nous votre nouvelle vie de chef à Kigali, vos projets à venir.
Je gère le restaurant d’un boutique-hôtel de 8 chambres : Amata n’Ubuki (le lait et le miel en kinyarwanda). En tant que directeur exécutif du bar du restaurant, je gère une équipe de 12 personnes. Ma mission là-bas : relancer la maison. Il y a des projets qui arrivent.
J’ai mon émission télé I Feel Food qui continue sur Canal +. La 3ème saison va se tourner à Marie-Galante en février autour des produits du terroir. Le tournage de la quatrième saison est prévu au Rwanda.
Vous parliez de transmission. Pour les jeunes qui rêvent de ce métier et qui vous suivent dans l’émission I Feel Food, quels conseils leur distilleriez-vous pour qu’ils deviennent chef à leur tour ?
Avant toutes choses : se former. Il faut une base. Et la chance qu’on a dans la cuisine, c’est que la base, c’est un niveau scolaire accessible avec le CAP. Il faut donc se former et ensuite : partez. Allez à la découverte du monde ! Partez. Partez loin. N’ayez pas peur. Ne vous mettez pas de limite.
Quand je me suis formé en cuisine, je savais au fond de moi-même que c’était ma clé de sortie. Parce qu’avant, je ne savais rien faire, en fait. J’avais un savoir-faire, mais qui n’était pas un savoir-faire manuel.
Quand on est dans l’artisanat comme la cuisine, c’est manuel. Je vais n’importe où dans le monde, on me donne un couteau, je peux cuisiner. Je peux amener quelque chose, amener ma vibe et ça, c’est important.
Tous les métiers manuels ont beaucoup été dénigrés mais aujourd’hui ils vont revenir. L’IA, les réseaux, les applis, c’est beau mais savoir faire quelque chose de ses dix doigts : de la menuiserie, de la pâtisserie, de la maçonnerie, …, on aura besoin de ça ! Je savais qu’en apprenant la cuisine ce serait ma porte vers le monde.
Avant, je n’avais pas de porte. J’étais peut-être connu chez moi pour les concerts, mais ce n’est pas une vraie plus-value. La cuisine, c’est une plus-value.
Que peut-on vous souhaiter pour la suite, chef David Drumeaux ?

Je veux continuer à explorer, à rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles saveurs, de nouvelles façons d’être. Partir m’a ouvert au monde et finalement, cette prise de recul m’a permis de mieux comprendre mon pays.
J’ai quitté la Guadeloupe parce qu’à un moment, je n’avais plus les clés de compréhension. J’ai cru comprendre des choses pendant des années et à un moment je me suis senti perdu chez moi.
Je pense que c’est ça : quand on aime trop quelque chose, je pense qu’il faut prendre du recul. C’est comme dans la vie : quand on est en couple, il y a un moment où il faut faire deux pas en arrière pour regarder et mieux comprendre.
Le fait de partir, ça m’a éloigné mais en même temps ça m’a rapproché. Il faut ça à un moment. Quand on est îlien et qu’on est engagé, on a la tête dans le guidon, on n’a plus ce recul nécessaire.
Et le fait de partir en Afrique m’a donné encore plus de recul parce que l’Afrique, c’est une des clés de compréhension de qui on est. On ne peut pas faire le travail de recherche de qui on est sans passer par la case Afrique. Pour moi ce n’est pas possible.
On nous a toujours fait comprendre que c’est du passé. Non, c’est un présent qu’il faut aller explorer, qu’il faut comprendre. Et une fois qu’on a compris ça, les choses sont plus simples.
CÔTÉ FESTIVAL
Où et quand goûter la cuisine du chef David Drumeaux au Festival de la Gastronomie de Saint-Martin ?

Le 22 novembre 2024 : à la soirée de clôture à Marigot
What ? Les 20 figures gastronomiques et mixologues internationaux invités proposeront leurs plats et cocktails à la dégustation
When ? De 18h à 00h
Where ? Marigot Waterfront – 97150 Saint-Martin
- Tarif : 110€
- Réservation : https://shop.st-martin.life/soiree-de-cloture
Festival de Gastronomie de Saint-Martin
https://www.festival-st-martin.com/
L’ÉMISSION TV DU CHEF DAVID DRUMEAUX
Boutique-hôtel Amata n’Ubuki
Restaurant Jiko
n°28, KG 566 Street, Kigali, Rwanda
La Lettre Elle dit 8
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